Qu'est-ce qu'agir?  

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Introduction.

1ère partie.

2ème partie.

3ème partie.

Conclusion.

   

 Introduction:

Lorsque nous nous référons au terme d'action, c'est généralement par opposition à ce que nous nommons passion, comme s'il existait entre ces deux notions une différence telle que nous ne puissions les réduire l'une à l'autre. Mais qu'est-ce véritablement qu'agir ?
En fait, nous supposons que pour agir, il ne faut pas subir (fidèles en cela au sens étymologique), ou plutôt nous établissons une classification des différentes formes d'actions, de laquelle résulterait que l'acte véritable est un acte libre, c'est-à-dire volontaire, délibéré, ou encore réfléchi.
Pourtant, le rapport de l'action à la vérité est-il si évident ? n'est-il pas possible de considérer qu'à partir du moment où un quelconque rapport de cause à effet surgit, la cause agit en provoquant l'effet ? Peut-être serait-ce là une analyse trop formelle et non pas essentielle, oubliant que ce qui est cause peut aussi être effet, et que l'efficacité n'est pas toujours critère de qualité.
Auquel cas, il ne suffirait pas de considérer les effets de l'action pour pouvoir caractériser cette dernière, mais il conviendrait (en plus) de s'attacher à la recherche et à l'analyse du moteur de l'action, afin de découvrir ce qu'est véritablement agir. L'action s'opposerait dès lors à la passion, et le rapport à la liberté apparaît.
Mais si pour agir, il faut être libre, c'est-à-dire si l'acte véritable ne peut être qu'un acte libre, pouvons-nous encore prétendre à l'action ? Car si de la possibilité de la liberté dépend la possibilité de l'action, alors il faut dire que sans liberté, le verbe agir se confond avec subir.

 1ère partie:

Formellement parlant, l'action s'opposerait à la passion, comme la cause à l'effet : alors que l'une provoque, l'autre subit. L'une serait première, alors que l'autre suivrait.
En ce sens, agir ne serait rien d'autre que produire un changement, une modification, ou, en d'autres termes, une réaction, selon un processus qui ne serait finalement que purement mécanique. Et si nous suivons cette analogie, il faut alors dire que ce qui prime dans l'action n'est rien d'autre que l'efficacité.
Ainsi pourrons nous parler en physique ou encore en chimie de réaction, dans la mesure où des phénomènes nouveaux apparaissent suite à la mise en relation d'un certain nombre d'éléments ou de composants qui interagissent et donc produisent un certain résultat. Nous pourrons dire par exemple que la chaleur agit sur les corps, puisqu'elle les dilate, c'est-à-dire qu'elle produit sur eux un effet directement observable, ou encore, inversement, que les corps réagissent à la chaleur.
Ici, il s'agit bien d'isoler et de mettre en évidence un rapport de cause à effet : la cause agirait en produisant l'effet. Mais cette analyse , purement formelle et effectuée dans le domaine de la physique, suffit-elle à caractériser l'action de façon générale ? Le même discours peut-il être tenu lorsqu'il s'agit de se demander à quelles conditions un homme agit ? Une action humaine peut-elle, elle aussi, être examinée de façon purement formelle et mécanique ?
En effet, pour pouvoir parler d'action, encore faut-il connaître ce qui agit, c'est-à-dire être capable d'isoler les causes véritables de celle-ci. Nous disons que la chaleur agit sur les corps parce que nous savons qu'elle est cause de leur dilatation. Or, lorsque nous disons d'un homme qu'il agit, disons-nous de la même façon que son corps est cause d'un changement ? Non, certes pas, mais nous posons que ce corps qui agit répond lui-même à une cause supérieure qui le pousse à agir, à savoir la volonté, et donc que toute action digne de ce nom fait suite à une décision du sujet.
La question devient donc la suivante : à quelles conditions le sujet peut-il être dit agissant ?

 2ème partie:

Si nous en croyons Descartes dans les Méditations Métaphysiques (IV), la cause véritable de nos actions ne serait autre que notre volonté : " Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose ou ne la faire pas, c'est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou fuir, ou plutôt en ce que pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l'entendement nous propose, nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous y contraigne ".
Ce serait donc le sujet qui agit, et non le corps, et toute action ferait suite à une volonté, ce qui laisserait sous-entendre qu'un acte véritable ne serait autre chose qu'un acte libre.
En d'autres termes, nous n'agissons qu'à la condition que nous ayons pris la décision d'agir, faute de quoi l'action se transforme en passion, et nous ne ferions que subir. Il ne suffit pas que nous produisions ou provoquions des effets sur le monde extérieur, mais il faut que nous soyons la cause véritable de nos actes. La volonté joue dès lors un rôle prédominant, et il faut admettre que le verbe agir ne saurait se conjuguer qu'en supposant le verbe vouloir. Agir, c'est être libre.
Auquel cas, l'idéal de l'action devient la décision libre, l'acte fait en connaissance de cause, après réflexion et donc délibération. Par extension, cela signifierait que nous sommes nécessairement responsables de nos actes dans la mesure où si la notion de responsabilité venait à disparaître, celle d'action ferait de même : nous n'agissons que si nous décidons d'agir, sinon nous ne faisons que subir ou réagir.
La passion tue l'action, puisque l'être passionné n'agit plus conformément à sa volonté, mais se laisse commander par sa passion et donc, en la subissant, ne fait que réagir à cette dernière.
Cependant, une telle compréhension de l'action engage que nous ne puissions agir qu'à la condition d'être libres, ce qui peut-être restreint considérablement le nombre des actes et notre possibilité d'agir, d'autant que notre liberté est elle-même constamment remise en question. L'homme a-t-il vraiment le pouvoir d'agir ?

 3ème partie:

Si, pour être actif, il faut être maître de ses actes, cause effective de l'action, et donc être responsable, il faut alors se demander si nous possédons un tel pouvoir, ou si au contraire l'homme ne serait pas uniquement passif.
Force est de constater l'existence d'une déterminisme universel auquel nous serions soumis au même titre que les autres choses de la nature, lois physique auxquelles s'ajouterait un déterminisme aussi bien biologique que sociologique ou encore psychologique, et qui ferait que nous ne saurions faire que ce que nous sommes commandés de faire et non ce que nous voudrions ou déciderions de faire. Le libre-arbitre ne serait dès lors qu'une simple illusion, et l'homme serait effectivement semblable à cette pierre qui vole et dont Spinoza nous dit qu'elle aurait l'illusion de la liberté (et par suite d'agir), suite à la conscience de son mouvement, alliée à l'ignorance des causes véritables de celui-ci.
L'omniprésence de ce déterminisme nous engagerait donc à renoncer à la liberté, et par suite à toute possibilité d'agir, réservant ce pouvoir à la cause suprême ou au seul Dieu, véritablement actif car nécessairement libre puisque cause de lui-même.
Pourtant, il faut dire que nous avons toujours l'impression d'être libres, et que lorsque nous agissons, il nous semble le faire le plus souvent volontairement.
Plus encore, loin d'être une entrave à notre liberté, ce déterminisme que nous constatons est peut-être au contraire la clé même de notre liberté, et ce qui nous autorise à agir : parce qu'il nous est donné de le comprendre, grâce, notamment, à notre raison, nous avons également la possibilité de le maîtriser et de nous l'approprier, ce qui fait de nous des êtres pouvant véritablement agir et non plus condamnés à subir : " la liberté véritable ne consiste pas en le rêve d'une action indépendante des lois de la nature, mais dans la compréhension de ces lois, et dans la possibilité ainsi donnée de les faire agir systématiquement en vue d'une fin déterminée ". Engels ; Antidurhing.
Et si cette maîtrise des lois de la nature et leur utilisation à notre propre compte ne désigne rien d'autre que la possibilité que nous avons de développer des techniques, alors il faut dire que la technique devient elle même une preuve de notre pouvoir d'agir.
Plus encore, il conviendrait alors de se demander si finalement nous ne serions pas les seuls êtres véritablement agissants, par opposition à tous les autres qui, soumis au déterminisme, ne feraient que subir et par suite, réagir.

 Conclusion:

Il apparaît donc qu'agir n'est pas seulement ni simplement produire dans le monde extérieur un effet déterminé, conformément à un rapport de causalité, mais que l'action engage nécessairement une volonté et une prise de décision : agir, c'est faire preuve de sa liberté et en user, et c'est pourquoi un être agissant ne peut être qu'un être responsable.
Or, il est évident que cette responsabilité engage pour être atteinte un certain nombre de facultés dont seul l'homme semble bénéficier, et l'action dès lors serait à considérer comme un privilège de l'humanité.
Agir, c'est s'affirmer en tant qu'homme, c'est faire preuve de sa liberté.
Encore faut-il bien sûr veiller à faire bon usage de cette liberté et peut-être parfois à limiter notre champ d'action.

© GUICHARD Jérôme.