Descartes: Méditations métaphysiques. 

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1ère méditation.

2ème méditation.

3ème méditation.

   

 

 1ère Méditation:

1. La résolution de douter [ §1]

2. L’exigence de méthode [ §2]

Le doute devra être méthodique, et donc provisoire, au contraire du doute sceptique. Il sera donc:

C’est aussi un doute que l’on peut qualifier de rationnel, car il est motivé par des raisons de douter.

3. Douter de la première source de connaissances: le sensible. [ §3 à §5 ]

Objectif: renoncer à faire de la certitude sensible le modèle de toute connaissance.

>> Rejet de toute certitude concernant le monde sensible.

4. Douter des « vérités » ou « évidences » rationnelles: une entreprise difficile. [ §6 à §8 ]

- La peinture figurative représente des objets ou choses générales qui doivent avoir une réalité (mains, têtes...), car l’imagination ne crée pas de nouvelles représentations, mais ne peut faire que de nouveaux assemblages s’appuyant sur des représentations qui préexistent en notre esprit.

- A défaut d’une réalité relative au contenu de nos représentations, les couleurs de la peinture, et donc de nos représentations doivent être bien réelles...

- Le contenu des représentations dont nous avons conscience ne peut pas être fictif.

- Plus encore, il est des éléments simples, communs à toutes nos représentations, et qui doivent donc être bien réels car universels: ainsi en est-il de la nature corporelle et de son étendue: figure, grandeur, nombre, quantité, lieu, durée....

- Ces vérités rationnelles, prises dans leur universalité, ne nous apprennent rien des choses extérieures, mais sont comme le moule de toutes nos représentations, et semblent en ce sens plus certaines que le sensible, car elles valent en elles-mêmes et pour elles-mêmes:

  • ni fausseté ni incertitude des vérités rationnelles (2+3=5 toujours vrai, dans la veille, comme dans le sommeil).

- Les sciences dites sensibles ou empiriques (physique, astronomie, médecine), qui sont donc les plus douteuses et incertaines, de par leur attachement au sensible (dont nous ne sommes toujours pas certains qu’il existe).

- Les sciences rationnelles (arithmétique, géométrie), qui sont nécessairement vraies, car leur objet, indépendant du sensible, l’est aussi.

>> Les « évidences rationnelles » résistent au doute.

5. Le doute métaphysique (forcé et rationnel), portant sur les évidences ou vérités rationnelles. [ §9 à §12 ]

>> Nécessité de suspendre son jugement, pour ne pas se tromper.

Fin de la première Méditation.

 2ème Méditation :

1. La recherche de l’indubitable: la découverte du Moi. [ §1 à §4 ]

1. Dieu: son existence n’est pas certaine (Cf 1ère Méditation).

2. Moi: pas le corps, car révoqué en doute en même temps que tout le sensible.

3. Mon intériorité ou subjectivité: seul le sujet résiste au doute, car pour pouvoir être trompé, il est nécessaire d’exister.

>> Le moi intérieur résiste et subsiste au doute: il est indubitable et donc certain: « Je suis, j’existe, est nécessairement vrai, toutes les fois que je le prononce, ou que je le conçois en mon esprit ».

>> La certitude de la pensée est indubitable: la pensée se découvre elle-même par une intuition évidente et actuelle (elle doit être vécue, et ne vaut que le temps où elle est vécue, car c’est ce vécu qui la constitue). Par ailleurs, c’est une certitude subjective, puisqu’elle ne vaut que pour le sujet qui la pense.

2. De la certitude d’être, à la certitude d’être « pensée ». [ §5 à §9 ]

  • Suis-je un homme ? Le concept d’humanité, même défini comme caractéristique de l’animal raisonnable, est trop vague pour pouvoir être retenu ici, et est donc douteux.

  • Suis-je un corps ? Le corps est un objet sensible, or le monde sensible a été révoqué en doute, ce qui fait que si je suis un corps, et que le corps n’existe pas, alors je n’existe pas. Cependant, « Je suis, j’existe » est nécessairement vrai toutes les fois que je le prononce ou que je le conçois en mon esprit. Je ne suis donc pas un corps.

  • Suis-je une âme ? L’âme est toujours conçue sur le mode du sensible, puisqu’on se la représente comme une nature corporelle (vent, flamme...), or le sensible est révoqué en doute.

  • Mais certaines des caractéristiques que j’attribuais à l’âme ne semblent cependant t-elles pas pouvoir être maintenues comme m’appartenant?

1. Pour ressentir, l’âme dépend du corps, or le corps est incertain. Je ne peux donc pas me définir comme une chose qui sent.

2. Pour penser, il n’est cependant pas nécessaire de recourir au corps. Donc seule la pensée semble véritablement m’appartenir.

>> Je suis une chose qui pense.

1. Il ne faut pas chercher à concevoir ou imaginer une telle chose, car immanquablement, les caractéristiques du sensibles resurgissent. Le Moi est inimaginable, puisque l’imagination est liée aux représentations sensibles, et que le Moi en tant que chose qui pense, est indépendant du sensible.

2. Qu’est-ce que penser ?

C’est, semble-t-il, douter, concevoir, affirmer, nier, vouloir ou ne pas vouloir, imaginer, sentir... Il y a donc une richesse de la pensée, et une importance du moi.

Par ailleurs toutes ces caractéristiques de la pensée sont justifiées par le déroulement même des méditations:

  • Douter: exigence générale de la 1ère méditation.

  • Concevoir: idées, raisonnements, compréhension.

  • Affirmer et nier: jugement, affirmation de mon existence, et négation du sensible.

  • Vouloir: volonté de trouver quelque chose de certain.

  • Imaginer et sentir: hypothèses du Dieu trompeur et du malin génie, et certitude des représentations, indépendamment de la réalité de leur contenu.

>> Une chose qui pense est donc une conscience, (c’est à dire tout ce qui relève de l’intériorité, par opposition à l’extériorité).

>> Notre seule certitude est donc celle de la conscience, indépendamment de la vérité de son contenu représentatif:

Solipsisme (enfermement de la conscience en elle-même, incapable d’atteindre ni le monde, ni autrui).

3. C’est l’entendement qui nous fait connaître le plus clairement les choses, et c’est donc lui que nous pouvons connaître avec le plus de précisions. [ §10 à §18 ]

Objectif: réaffirmer l’incertitude de la « connaissance » sensible, son insuffisance, afin de montrer les limites de l’imagination, pour en arriver à la stabilité de l’entendement et sa certitude, et ainsi montrer que l’esprit est plus aisé à connaître que le corps, car seule région autorisant la certitude.

  • C’est notre pensée que nous saisissons le plus clairement: de ce que « je vois » cette cire, le plus certain n’est pas que cette cire existe (le doute n’est pas levé), mais que moi qui pense voir cette cire, j’existe (ce qui est indubitable).

  • La conscience des choses est donc d’abord et obligatoirement conscience de soi. De plus, la conscience étant intériorité, elle peut être saisie directement et immédiatement, car indépendante de toute qualité sensible.

>> Evidence de la conscience à elle-même.

Fin de la deuxième méditation.

 3ème Méditation :

Objectif: prouver l’existence de Dieu, afin de garantir les critères de l’évidence, ce qui engage de prouver l’existence de l’extériorité, et donc de démontrer que j’ai en moi des idées dont je ne peux pas être la cause.

1. Examen du moi pensant par lui-même. Inventaire des connaissances certaines qu’il possède. [ §1 à §5 ]

  • Simplicité de l’évidence: le vrai doit être l’objet d’une perception évidente, c’est-à-dire d’une vision directe de l’esprit, d’une intuition intellectuelle claire et distincte. La connaissance est donc toujours une intuition par laquelle, dans l’évidence, l’objet est là, en personne et actuellement, comme la certitude que le moi pensant a de lui-même. L’évidence n’est donc pas d’abord une évidence sensible, mais bien une évidence d’entendement, où l’esprit se consacre à son objet, selon une intuition intellectuelle.

  • Clarté et distinction: conditions et critères de l’évidence.

  • Clarté: évidence pure et simple, qui n’implique que la présence de l’objet et l’attention de l’esprit.

  • Distinction: représentation dont on distingue et identifie tous les éléments.

>> Ce qui est distinct est toujours clair, mais non l’inverse: « J’appelle claire [ la connaissance ] qui est présente et manifeste à un esprit attentif; de même que nous disons voir clairement les objets lorsque étant présents à nos yeux, ils agissent assez fort sur eux et qu’ils sont disposés à les regarder; et distincte, celle qui est tellement précise et différente de toutes les autres qu’elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement à celui qui la considère comme il faut »

Les principes de la philosophie; 1ère partie; art. 45.

>> N’est donc évident que ce qui est connu par intuition, et non ce qui est connu par démonstration, et donc par déduction, car ces choses ne sont ni claires ni distinctes en elles-mêmes, et ne peuvent être saisies en un regard simple. Ainsi, l’arithmétique et la géométrie sont vraies car évidentes dans leurs propositions simples, mais pas toujours dans les propositions dérivées ou démontrées: 2+3=5 est une évidence, mais pas 1277+4358=5635.

  • Ces évidences sont actuelles: La seule façon de les remettre en question serait de faire intervenir systématiquement le Dieu trompeur. Mais, même dans cette hypothèse, à chaque fois que je les conçois en mon esprit, les évidences rationnelles me semblent indubitables. Au moins le temps de l’évidence, rien ne peut valoir contre sa certitude, pas même l’hypothèse d’un Dieu trompeur. Cependant, une vérité cesse d’être certaine lorsque nous n’y faisons plus attention, et si l’évidence me semble indubitable, sa vérité n’est cependant toujours pas totalement garantie quand elle n’est plus vécue.

  • Malgré la faiblesse de l’hypothèse du Dieu trompeur, il est cependant nécessaire de l’écarter afin de ne plus se contenter de vérités actuelles, et ainsi accéder à des vérités éternelles.

>> Nécessité de démontrer l’existence de Dieu et donc du monde extérieur, afin de déterminer si celui là est trompeur ou non, et ainsi connaître si la vérité peut d’une proposition peut être maintenue en dehors de l’évidence actuelle.

2. Il y a en nous trois sortes de pensées: des idées, des volontés et des jugements. [ §6 à §9 ]

  • Les idées, comme telles, ne peuvent être fausses: toute pensée est une vraie pensée (réelle), et est indubitable en tant que telle (ainsi en est-il de toutes nos représentations, volontés ou désirs, et ce indépendamment de leur contenu).

  • Seuls les jugements peuvent être vrais ou faux: tout jugement ajoute quelque chose à l’idée (en l’affirmant ou en la niant), et marque un recul avec l’idée, qui n’est plus simplement vécue. C’est en fait dans le rapprochement de l’idée à quelque chose qui, ayant rapport à l’idée, est cependant extérieur à l’idée, que l’erreur survient.

3. Quelle est l’origine de nos idées ? [ §10 à 18 ]

  • Les idées innées, nées avec moi, et qui proviennent de l’entendement.

  • Les idées adventices, étrangères, venues du dehors, et qui proviennent des sensations.

  • Les idées factices, faites et inventées par moi, et qui proviennent de l’imagination.

Mais toutes ces idées ne sont elles pas en réalité factices? Ne puis je pas en être de toutes responsable?

Ce n’est pas parce que ces idées ne dépendent pas de notre volonté qu’elles viennent nécessairement de l’extérieur. La preuve en est ce qui se produit en rêve: les représentations qui s’y trouvent ne viennent pas de l’extérieur, et ne dépendent pourtant pas de ma volonté.

En fait, la seule façon de prouver l’extériorité, serait de réussir à prouver que nous avons en nous des idées dont il est tout à fait impossible que nous en soyons la cause.

Mais parce qu’il serait trop long de passer toutes les idées en revue, il convient de déterminer quelles sont les idées qui sont susceptibles de contenir le plus de réalité, et par suite de se demander si nous pouvons en être la cause, car si nous le pouvons, alors nous pouvons l’être aussi de toutes les autres.

Il convient de distinguer de forme de réalité des idées: La réalité formelle, et la réalité matérielle.

  • Réalité matérielle: l’idée comme façon de penser, comme représentation, indépendamment de son contenu.

  • Réalité formelle: forme de l’idée, ou contenu.

Au regard de la réalité formelle des idées, il faut distinguer plusieurs degrés de réalité:

+++ Idée renvoyant à la substance et qui se suffit à elle-même.

++ Idée renvoyant à un mode d’être (par exemple la figure), et qui a besoin de la substance pour être pensée.

+ Idée renvoyant à un accident (par exemple une couleur), et qui ne peut se penser sans faire appel à une figure (mode d’être), et donc sans faire appel à la substance.

Ces différents degrés renvoient à ce que Descartes appelle la réalité objective de l’idée (réalité de l’objet de l’idée, en tant que, par représentation, il se trouve dans l’idée).

D’où l’idée de Dieu, qui, en tant qu’idée d’une substance infinie, semble être l’idée possédant la plus grande réalité objective, en tant que représentation, et sans présupposer de l’existence de l’objet de la représentation. Si je puis être la cause de cette idée, alors je pourrais être la cause de toutes les autres idées, et je ne pourrais dès lors accéder à aucune autre certitude que celle de ma propre pensée, n’ayant en effet aucune possibilité de démontrer l’existence d’une extériorité. Je resterai donc dans le solipsisme.

Le concept de causalité est amené par Descartes par le recours à l’évidence rationnelle (idée claire et distincte. Cette analyse fait apparaître que, quelle que soit la cause, il est nécessaire qu’il y ait au moins autant de réalité ou de puissance dans la cause que dans l’effet.

Or, le contenu de nos idées n’est pas rien, et ne peut donc pas être issu du néant.

L’être par représentation dans l’idée implique l’être formel dans la cause de l’idée. Or, si une réalité par représentation peut-être la cause d’une autre réalité par représentation, elle ne peut cependant elle-même résulter que d’une réalité en acte, qui en doit être le modèle ou moins aussi parfait ou puissant.

Ainsi: « Si la réalité objective de quelqu’une de mes idées est telle que je connaisse clairement qu’elle n’est point en moi, ni formellement (qui contienne en soi les mêmes chose), ni éminemment (c’est-à-dire qui contiennent des choses plus excellentes), et que par conséquent je ne puis pas moi-même en être la cause,, il suit de là nécessairement que je ne suis pas seul dans le monde ».

4. L’idée de Dieu, seule idée dont la conscience ne puisse être la cause. [ §19 à 22 ]

Exigence méthodologique: on ne passe pas en revue toutes les idées (trop long), mais l’on s’attache directement aux idées « premières et principales », causes suffisantes de toutes les autres.

Or, nous avons en notre conscience plusieurs idées riches de réalité objective:

  • Homme

  • Animal

  • Ange

>> Ces trois grandes formes d’idées peuvent être formées à partir d’un mélange des idées de chose corporelle et de Dieu. Le moi pensant peut donc en être la cause, et leur contenu ne renvoient donc pas nécessairement à une réalité extérieure.

  • Chose corporelle

  • Dieu

L’idée de chose corporelle semble pouvoir se ramener aux idées claires et distinctes suivantes: Substance, durée, extension, figure, lieu, mouvement, nombre et autres qualités sensibles.

Or, les qualités sensibles donnent lieu à des idées confuses, à tel point que l’on peut se demander parfois si elles ont un contenu représentatif véritable (couleur, saveur, odeur peuvent n’être que des chimères, et ne nécessitent donc pas de réalité extérieure).

De plus, toutes les autres qualités, telles l’extension, la figure, le lieu, le mouvement, ne sont que des modes d’être de la substance, ce dans quoi une substance (à savoir ce qui peut être conçu par soi, et ne peut pas être dit d’autre chose, par opposition aux accidents) se diversifie ou se détermine.

Or, nous pouvons tirer l’idée de substance à partir de nous mêmes, de notre propre nature (chose qui pense).

Enfin, nous pouvons découvrir l’idée de durée grâce à notre mémoire, et le nombre en dénombrant nos représentations.

>> L’idée de chose corporelle ne contient donc rien que nous ne puissions trouver en nous-mêmes, et par suite, n’engage aucune nécessité de l’existence de causes extérieures.

  • Dieu: substance infinie aux attributs infinis et en nombre non limitatif.

>> La preuve de l’extériorité doit donc passer par une preuve de l’existence de Dieu.

5. L’idée de Dieu est la plus claire de toutes nos idées. [ §23 à §27 ]

  • Le contenu de l’idée de Dieu s’exprime dans le concept d’infini. Mais n’est-il pas possible de voir en l’infini la simple négation du fini? Dieu ne serait-il pas une simple illusion dans laquelle les hommes projetteraient en un Autre le refus de leur propre finitude, le négatif de leur misère?

  • Réponses:

  • Le problème est mal posé. Ce n’est pas notre finitude qui nous fait concevoir l’idée d’infini, mais c’est au contraire parce que nous avons en nous l’idée d’infini que nous sommes en mesure de prendre conscience de notre finitude.

  • Par ailleurs, la négation du fini n’est pas l’infini, mais le néant ou l’indéterminé (c’est le fini qui est la négation de l’infini).

  • De plus, « je vois manifestement qu’il se rencontre plus de réalité dans la substance infinie que dans la substance finie ». Or, l’idée première ou cause des autres doit toujours avoir au moins autant, si ce n’est plus de réalité matérielle que son effet. L’idée d’infini doit donc bien précéder celle de fini. Donc, l’idée de Dieu précède celle que nous avons de nous-mêmes, même si c’est à la certitude de cette dernière que nous accédons en premier.

>> La conscience de soi, en tant qu’elle est finie, est donc d’abord conscience de l’autre, de ce qui n’est pas moi, à savoir de l’infini.

  • Par ailleurs, notre conscience de nous-mêmes s’est découverte dans la négativité, et n’est devenue certaine d’elle-même que comme chose qui doute et qui désire (ce qui engage une idée de ce qui serait une science certaine et parfaite. Or, le désir est la preuve de la découverte de notre imperfection.

>> L’idée de Dieu se manifeste donc sous la forme du désir d’être plus parfait que nous ne le sommes, et donc comme certitude de notre imperfection, ce qui engage la préexistence de l’idée de perfection.

>> Quoiqu’incompréhensible pour nous, êtres finis, l’idée d’infini est cependant la plus claire de toutes nos idées car:

>> L’homme est donc en droit et en mesure de parler de Dieu (des philosophes), puisque c’est son idée la plus claire.

6. La preuve de l’existence de Dieu par les effets. [ §28 à §37 ]

  • NON: Le progrès est marque de notre finitude. Or, un être fini ne peut être à l’origine de l’idée d’infini.

  • NON: même si nous sommes infinis en en puissance, nous ne le sommes pas en acte. Or, le véritable infini n’est pas un infini de répétition ou d’addition, mais est en acte (on ne peut rien lui ajouter. Que nous ayons la possibilité de progresser à l’infini est donc bien le signe de notre finitude et de notre imperfection.

  • Le moi pensant est-il cause de lui-même?

NON: un être capable d’être cause de lui-même se produirait tel qu’il voudrait être. Or, l’existence du désir prouve que nous ne sommes pas ce que nous voudrions être.

En revanche, le désir semble pouvoir s’interpréter comme la marque de Dieu en nous: possédant l’idée de Dieu, nous désirons ses attributs (omniscience, omnipotence, infini, éternité, perfection...).

De plus, nous avons continuellement besoin de Dieu pour continuer d’exister et persister dans l’être. Car, le temps est discontinu (divisible à l’infini), et pour s’y conserver, il faut en fait à tout instant être crée ou maintenu dans l’être, ce que seul Dieu peut faire, car seul à en avoir la puissance.

>> Notre existence est contingente, non nécessaire, et exige donc l’intervention de Dieu.

  • Puis-je tenir mon existence d’une autre cause que Dieu?

NON: il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause que dans l’effet.

  • Ainsi, mes parents doivent avoir en eux l’idée de Dieu, ce qui nous ferait remonter à l’infini pour expliquer la présence de cette idée en eux. La cause première devra toujours être Dieu.

  • Il en va de même de toute autre cause possible, y compris d’une éventuelle multiplicité des causes, puisqu’il faudrait toujours qu’au moins une cause qui contienne au moins en puissance les qualités que nous accordons à Dieu, puisque le parfait ne peut pas dériver de l’imparfait (ni même d’un cumul infini d’imperfections).

  • De plus, l’idée que j’ai de Dieu réunit toutes les perfection dans une unité, ce qui fait qu’il ne peut y avoir qu’une seul cause possible à cette idée et non plusieurs.

  • Par ailleurs, même si je dois ma naissance à mes parents, ce ne peut être eux qui me conservent dans l’existence, ni qui ont fait de moi une chose qui pense. Un Moi pensant ne peut être engendré que par Dieu, et non par ces ancêtres, puisqu’il est une individualité absolue, un esprit, Un et irréductible à autre chose.

7. La contemplation de Dieu en nous. [ §38 à §42 ]

  • Elle ne vient pas de l’expérience. Ce n’est donc pas une idée adventice.

  • Je ne peux pas l’avoir créée. Ce n’est donc pas une idée factice.

>> L’idée de Dieu ne peut donc être qu’une idée innée.

Une telle idée apparaît comme la marque du créateur sur sa création, ou plutôt comme la conscience que nous avons d’avoir été créés par un être supérieur.

Cette conscience d’avoir été créés par un être infini, nous l’obtenons par la prise de conscience de ce qui, en nous, est à son image: l’infini de notre volonté, et, par suite de notre désir.

>> Dieu existe donc; il est parfait et infini en acte; il ne peut donc pas être trompeur.

Il devient donc possible d’envisager la possibilité d’une science certaine, puisque Dieu est là qui garantie de par sa nature même les critères de l’évidence (ce qui rend possible la connaissance certaine, à condition de respecter ces critères), et que son existence prouve l’existence de l’extériorité. Je ne suis donc plus seul dans le monde: sortie du solipsisme.

Si l’erreur existe, c’est parce ce que Dieu nous a laissés libres (volonté; libre arbitre). Mais nous avons la possibilité de ne pas nous tromper.

Fin de la troisième méditation.

© GUICHARD Jérôme.